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RÉUSSIR SA SORTIE

Par Jacinthe Tremblay, collaboration spéciale, La Presse, Le samedi 25 novembre 2006

Un départ volontaire, ça se prépare.  L'assurance-emploi ne fait pas de cadeaux. Un faux pas, jusqu'à la dernière heure, peut également coûter très cher.

"Je n'en peux plus. Je démissionne et je vais leur dire le fond de ma pensée".

Plusieurs cadres et employés au bord de la crise de nerfs rêvent de mettre un tel plan à exécution avant de claquer la porte. Attention, danger!

"Il n'est jamais bon de brûler les ponts et de faire preuve d'agressivité. Peu de gens réagissent bien aux critiques acerbes, même si elles sont fondées", rappelle Pierre Francq, directeur du Service de gestion de carrière à HEC Montréal.

Avant d'occuper ce poste, M. Francq a été directeur des ressources humaines de trois grandes entreprises. Il connaît bien les sensibilités des gestionnaires, comme des cadres et employés qui tirent leur révérence.

"Lorsqu'on quitte une organisation, il est correct de dire ce que l'on pense. Il faut toutefois y mettre la manière. Ce n'est pas le moment de se défouler", ajoute-t-il.

Selon M. Francq, il faut aussi adapter son plan de sortie à la culture de l'organisation. Dans un contexte où la prise de parole est valorisée, on peut se permettre une plus grande franchise. Si l'absence de dialogue est un des motifs du départ, il vaut mieux être plus diplomate.

"Les dernières heures d'un emploi laissent des traces. Ceux qui se comportent bien ont de meilleures chances de pouvoir compter sur de bonnes références auprès d'autres employeurs. Même ceux qui quittent pour devenir travailleurs autonomes doivent réussir leur départ. On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve", souligne-t-il.

De plus en plus d'entreprises font passer aux cadres et employés démissionnaires des "entrevues de départ", idée de mieux comprendre ce qui les a poussés à quitter.

"Même quand le niveau d'insatisfaction est grand, il faut mettre l'accent sur les aspects positifs. Ce n'est pas le temps de critiquer et de faire preuve d'émotivité. Il faut garder les ponts", insiste également Madeleine Fortier, consultante en gestion de carrière et qualité de vie au travail chez Accent Carrière.

Réussir sa sortie, c'est également laisser des traces de son professionnalisme aux gestionnaires et aux collègues. Dans cette perspective, il faut laisser ses dossiers en ordre et, le plus possible, les mener à terme avant de quitter.

Selon Mme Fortier, il est par ailleurs très dangereux de brandir une menace de démission pour chercher à améliorer son sort. "Si on sait vraiment pourquoi on quitte, on ne devrait pas accepter une contre offre. En le faisant, on s'expose à passer pour quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut", dit-elle.

Plus fondamentalement, Mme Fortier recommande de bien peser sa décision de quitter et ses motifs. "Quand les gens sont en colère ou au bord de l'épuisement, ils devraient prendre un temps d'arrêt avant de prendre une décision définitive, notamment parce que les conséquences financières d'un départ volontaire sont souvent dramatiques lorsque aucun emploi n'est en vue", dit-elle.

Zéro prestation ou presque

Depuis 1993, la majorité des travailleurs qui quittent volontairement leur emploi n'ont droit à aucune prestation d'assurance-chômage, même lorsqu'ils ont cotisé pendant des années au régime. Le refus d'accepter un transfert chez un autre employeur ou de reprendre son emploi privent également de toute prestation.

Certaines exceptions sont toutefois prévues dans la Loi de l'assurance-emploi.

"Pour obtenir des prestations lors d'un départ volontaire, les gens doivent d'abord faire la preuve qu'ils ont quitté leur emploi pour une ou plusieurs des raisons reconnues comme valables par la Loi", explique Benoit Marsan, conseiller au Mouvement Action-Chômage de Montréal.

Le harcèlement sexuel ou psychologique, le déménagement du conjoint, des conditions de travail dangereuses font partie des raisons valables reconnues. Les personnes qui se présentent au bureau d'assurance-emploi avec une recommandation d'arrêt de travail d'un médecin ont de meilleures chances.

Mais ces motifs ne suffisent pas. "Les demandeurs doivent passer le test de la seule solution raisonnable. Pour le réussir, ils doivent invoquer une raison valable, ne pas avoir démissionné sur un coup de tête, avoir essayé de régler le problème, avoir cherché un autre emploi avant de quitter et être disponibles pour travailler", précise M. Marsan.

"Ceux qui démissionnent parce qu'ils ne s'épanouissent pas dans leur travail ou parce que leurs compétences sont sous-utilisées n'auront jamais de chômage. Et ceux qui correspondent aux exceptions prévues par la Loi ont intérêt à consulter les groupes de défenses des chômeurs pour préparer leur demande" prévient-il.

Pour rejoindre le Mouvement Action-Chômage de Montréal, composer le 514-271-4099.

 

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Dernière mise à jour : Mars 2007
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