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Les générations dans le
milieu de travail : conflits ou synergie ?
Par Madeleine Fortier,
VigieRT, numéro 7, avril 2006
Les conflits ou les difficultés de
communication entre les générations ne datent pas d’hier.
Socrate en parlait déjà il y a plus de deux mille ans !
Depuis, ces difficultés se sont
déplacées de la famille vers le milieu de travail : en
effet, chacune des trois et parfois quatre générations qui
s’y côtoient véhicule ses valeurs, sa vision, son style de
communication, ses attentes.
Ces différences s’expliquent, entre
autres, par le contexte social, politique et économique dans
lequel les membres de ces générations ont grandi, contexte
qui a façonné la pensée de chaque cohorte et son attitude
envers le travail.
Comprendre ce contexte, les raisons
qui expliquent ces différences de façon globale – car chaque
personne conserve son individualité propre – facilite les
communications et la synergie entre les membres des
différentes générations.
Les quatre générations : le
contexte 1
Les
traditionalistes : nés entre 1920 et 1945,
ils ont 61 ans et plus. Mot-clé : loyauté. Ils ont
travaillé dur et ils ont fait des sacrifices pour relancer
l’économie après la dépression des années trente. Ils
placent leur confiance dans les institutions. Ils pratiquent
un style de gestion militaire où l’information est transmise
sur la base du « need to know ».
Les
baby-boomers : nés entre 1946 et 1964, ils
ont entre 42 et 60 ans. Mot-clé : optimisme.
L’économie florissante d’après-guerre donnait l’impression
que tout était possible. Idéalistes, ils avaient la force du
nombre et la foi dans leurs capacités pour améliorer la
société. Ils ont cependant été forcés de travailler fort
pour sortir du lot et se faire connaître. Ils sont
généralement reconnus comme des bourreaux de travail. Ils
respectent l’autorité, mais préfèrent être traités comme des
égaux.
Les X :
nés entre 1965 et 1980, ils ont de 26 à 41 ans. Mot-clé :
scepticisme. Ils ont vu s’effriter les symboles de la
stabilité et ont appris à croire en eux plutôt qu’aux
institutions. Ils sont indépendants et pleins de ressources.
Se tailler une place sur le marché du travail ne fut pas
pour eux chose facile. On les désigne parfois sous le nom de
la génération sacrifiée.
Les Y :
nés entre 1981 et 1999, ils ont 25 ans et moins. Mot-clé :
réalisme. Des gens de réseau pour qui le monde est
petit. Pragmatiques, ils vivent par et dans le changement,
ils recherchent des défis et des stimulations. On les décrit
souvent comme des enfants rois et des enfants gâtés. Cette
génération forme pourtant un composé unique de bon sens et
de conscience sociale, ce qui promet un bouleversement du
monde du travail. Ils veulent contribuer à la société et
sont déterminés à vivre une vie pleinement remplie et
satisfaisante.
Les quatre générations : leur
relation avec le travail
Les différences de vision et
d’attente des générations par rapport au travail touchent
des aspects tels les relations avec la hiérarchie, le sens
de l’engagement et de la loyauté, la vision de la carrière,
la conciliation travail-vie privée, les attentes par rapport
à la rétroaction et aux récompenses.
À titre d’exemple, voici la vision de
chaque génération en ce qui concerne trois de ces
dimensions : vision de la carrière, importance de la
conciliation travail-vie privée, modes de rétroaction et de
récompense.
Les traditionalistes :
carrière d’une vie avec un même employeur ou du moins
dans un même domaine. Ils désirent construire un héritage.
Ils suivent un chemin qui signifie service, loyauté et désir
de donner en retour.
Les baby-boomers :
sécurité d’emploi. Ils veulent briller, exceller dans
leur carrière. Plusieurs sont maintenant aiguillés non par
l’horloge biologique mais par l’horloge de la carrière : ils
réalisent qu’il leur reste peu de temps pour exceller dans
leur carrière et désirent maximiser les années qui leur
restent.
Les X : sécurité
de carrière. Ils ne croient plus à la sécurité d’emploi.
Ils veulent bâtir un porte-folio de compétences et
d’expériences leur garantissant qu’ils seront capables de se
remettre sur pied, quelle que soit la catastrophe qui
s’abattra sur eux. Dans ce contexte, changer d’emploi
devient une nécessité, une stratégie de survie.
Les Y :
carrières parallèles. Leur vie programmée les a rendus
capables d’accomplir plusieurs tâches, d’assumer
correctement plusieurs emplois en même temps. On prévoit
qu’ils pourront expérimenter jusqu’à dix carrières
différentes dans leur vie!
-
L’importance de la conciliation travail-vie privée
Les traditionalistes :
ils sont habitués à un modèle militaire du lieu de travail
qui exige d’être présents lorsqu’ils doivent l’être;
cependant, ils s’aperçoivent que les jeunes générations ont
découvert toutes sortes de moyens de demander et d'obtenir
un meilleur équilibre. Attention aux conflits et au
ressentiment.
Les baby-boomers :
pour eux, concilier la recherche de sens et la valeur de
leur travail va prendre de plus en plus d’importance au fur
et à mesure qu’ils se rapprocheront de leur retraite. Ayant
souvent beaucoup sacrifié pour le travail, ils recherchent
maintenant une vie plus équilibrée.
Les X : ils
recherchent l’équilibre travail-vie privée maintenant, pas à
la retraite!
Les Y : ils ont
besoin de flexibilité pour pouvoir faire face à toutes leurs
activités. Le travail n’est pas tout!
- Modes de
rétroaction et de récompenses
Les traditionalistes :
la satisfaction du travail bien fait. La sécurité du
travail et un bon plan de retraite; la reconnaissance de
leurs services, mais de petits gestes sont suffisants; la
possibilité, s’ils le désirent, de continuer à travailler
pour leur employeur, mais sur une base flexible qui leur
laisse du temps pour voyager ou s’occuper de leurs
petits-enfants.
Les baby-boomers :
l’argent, le titre, la reconnaissance, le bureau du coin.
Tout ce qui leur démontre et surtout démontre aux autres à
quel point ils sont bons dans ce qu’ils font. Ils sont
motivés par ce qu’ils peuvent accomplir au travail. Ils
veulent aller loin et vite, mais ils veulent aussi accomplir
de grandes choses.
Les X : la
liberté est la récompense ultime. Comme ils ont grandi
dans un monde incertain, mais dans lequel la rétroaction est
facile et rapidement disponible, ils désirent la même chose
dans leur environnement de travail. Ils surveillent les
résultats avec soin pour pouvoir adapter leur approche et
obtenir plus de succès.
Les Y : un
travail qui a du sens. Les récompenses doivent être à la
fois tangibles et non tangibles, par exemple la possibilité
d’apprendre, de faire face à de nouveaux défis. Ils désirent
que leur travail fasse une différence et exigent une
rétroaction immédiate.
Les récompenses ne
pourront plus être les mêmes pour tous, elles devront être
adaptées aux attentes des employés. Il est important certes
pour les entreprises de « séduire », d’attirer et de
fidéliser les nouvelles générations, mais aussi de motiver
et de conserver leurs autres employés, quelle que soit leur
génération.
Par exemple :
- utiliser la
loyauté et l’expérience des traditionalistes pour en
faire des leaders, de recruteurs, des coachs, des
mentors;
- établir une
trajectoire de carrière stimulante pour les
baby-boomers, leur procurer un travail qui leur
procurera satisfaction et sentiment d’accomplissement;
- permettre aux
X de créer leur portfolio de compétences à l’intérieur
de l’entreprise;
- donner aux Y
une bonne combinaison de défis, d’opportunités, la
possibilité d’apprendre.
Par-dessus tout, il
semble que le cadeau le plus recherché et le plus apprécié
par toutes les générations soit le temps : temps pour
s’occuper de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses
parents; temps aussi pour s’occuper de soi-même et de sa
propre vie.
Conflits ou synergie?
Les différences entre les générations
peuvent être une source de conflits, entraînant de
l’incompréhension, du ressentiment, de la méfiance, des
difficultés de fidélisation; mais ces différences, comprises
et utilisées de façon positive, peuvent aussi résulter en
une très belle synergie en appuyant le travail des équipes
sur les forces particulières de chaque génération.
Quelques idées de lecture
Note
1: Les auteurs ne s’accordent sur la chronologie des
générations. Nous avons utilisé la chronologie de David
Stillman, When generations collide.
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