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Générations : un leader pour tous !

Par Pierre Duguay, CRHA et Madeleine Fortier

Les conflits ou les difficultés de communication entre les générations ne datent pas d’hier. Socrate en parlait déjà il y a plus de deux mille ans !

La relation avec son patron, si elle est saine et positive, a un impact majeur sur la satisfaction au travail. Au contraire, si elle est malsaine ou même toxique, elle peut entraîner des problèmes de santé et le départ d’employés compétents.

Dans un contexte où le facteur humain, les compétences et le talent feront de plus en plus la différence entre deux entreprises concurrentes, entre la croissance et la stagnation, le rôle du gestionnaire dans la fidélisation, la mobilisation et le développement des employés prend tout son sens et son importance.
 

Les défis du gestionnaire

Pour jouer ce rôle, le gestionnaire doit être capable de relever plusieurs défis :

  • favoriser l’engagement des employés dans un milieu de travail de plus en plus complexe;
  • définir une direction organisationnelle à laquelle les employés peuvent s’identifier et qu’ils peuvent suivre;
  • s’assurer que les employés ont les ressources nécessaires pour répondre aux exigences croissantes de performance;
  • gérer une main-d’œuvre de plus en plus éduquée et diversifiée.
     

Le leadership transformationnel

Les styles de gestion axés sur l’autorité et l’obéissance aux ordres sont de moins en moins adaptés à ces nouveaux défis; les leaders se trouvent aujourd’hui face à une main-d’œuvre de penseurs et de décideurs plutôt que d’exécutants comme par le passé. La place accrue accordée aux besoins personnels, le développement croissant des équipes de travail obligent le gestionnaire à adopter un style de management plus relationnel. (Adecco. « La nouvelle génération de leaders », Action, Chambre de commerce française à Montréal, automne 2002).

Parmi les nombreuses définitions et classifications du leadership, le leadership transformationnel semble bien répondre aux attentes actuelles envers le gestionnaire : rassembleur, ouvert, orienté vers l’humain, capable de convaincre les gens d’accomplir volontairement une tâche. En effet, ce style de leadership va au-delà de la dynamique punition-récompense pour faire prendre conscience aux employés des objectifs et de la mission de l’entreprise et les amener à regarder plus loin que leurs propres intérêts.

Les quatre dimensions du leadership transformationnel

  • Le charisme : le leader charismatique définit la vision de l’entreprise et les employés s’identifient à lui.
  • L’inspiration : le leader incite les employés à se dépasser eux-mêmes et à se consacrer à la réussite de l’entreprise.
  • La considération : le leader est conscient des différences individuelles entre les employés. Il agit comme mentor auprès de ceux qui ont besoin d’aide pour se développer.
  • La stimulation : le leader adopte des comportements conformes à ce qu’il dit. Il montre aux employés de nouvelles manières d’envisager et de résoudre les problèmes qu’ils éprouvent.
     

Gestion et diversité générationnelle

Le leadership transformationnel s’adapte facilement à un environnement turbulent et exigeant de la flexibilité, ce qui correspond assez bien au contexte actuel dans les entreprises. De plus, ses diverses dimensions présentent des éléments fort intéressants pour les employés des quatre générations.

Les entreprises ont été obligées de transformer leur façon d’élaborer et de vendre leurs produits pour répondre aux exigences d’une clientèle de mieux en mieux informée. De la même façon, la cohabitation de quatre générations au sein d’une organisation ou d’une équipe prescrit un changement dans la façon de gérer.

Les employés des diverses générations qui se côtoient dans l’entreprise ont des attentes, des valeurs, des besoins fort différents. Ces différences sont perceptibles entre autres dans les relations avec la hiérarchie, la recherche de qualité de vie au travail, l’équilibre travail-vie privée, l’engagement, le plan de carrière, les récompenses et la rétroaction.
 

Contexte et chronologie des générations

Le contexte social, politique et économique dans lequel chacune de ces générations a vécu depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte a façonné la pensée de chaque cohorte et influence son attitude envers le travail.

Génération Date de naissance Âge actuel
Traditionalistes Entre 1925 et 1945 62 ans et plus
Baby-boomers Entre 1946 et 1964 43 à 61 ans
Génération X Entre 1965 et 1980 27 à 42 ans
Génération Y Depuis 1981 26 ans et moins

 

Quatre employés et leur patron idéal

Georges, traditionaliste, 65 ans
Mot-clé : loyauté

Événements : sa génération a connu la dépression de 1929 et la deuxième guerre mondiale. Après ces événements, il a fallu travailler dur et faire d’énormes sacrifices pour rebâtir l’économie.

Enfance : elle est marquée par la discipline, les horaires fixes et l’obéissance.

Caractéristiques : Georges respecte les valeurs traditionnelles. Les institutions sont pour lui très importantes et il leur accorde toute sa confiance. Discipliné, il a le souci de l’économie et le sens du sacrifice pour le bien commun. Pour lui, la morale et l’éthique sont des valeurs primordiales.

Son patron idéal : directif, logique, juste et cohérent, il fixe des objectifs à long terme, définit une direction claire et des attentes précises par rapport au travail.

Le patron qui le fait fuir : indécis, il craint de prendre des décisions qui ne seront pas populaires.
 

 
Patricia, baby-boomer, 53 ans
Mot-clé : optimisme

Événements : sa génération a profité pleinement de la prospérité d’après-guerre, de l’explosion des produits de consommation et de l’avènement de la télévision.

Enfance : maman est à la maison après l’école avec un verre de lait et des biscuits. En grandissant, Patricia remet l’autorité en question et veut changer le monde.

Caractéristiques : le poids du nombre des baby-boomers lui a toujours donné le sentiment de pouvoir faire de grandes choses; en même temps, elle a dû travailler fort pour se démarquer des autres, tant à l’école qu’au travail. Elle désire voir sa valeur reconnue par ses pairs et surtout par son patron.

Son patron idéal : il recherche le consensus; démocratique, chaleureux, orienté vers les gens, c’est un patron qui travaille avec le groupe pour définir la vision et la mission. Il apprécie la contribution de Patricia.

Le patron qui la fait fuir : il est fermé aux idées et à la discussion, prétentieux et bureaucrate.
 

 

Geneviève, génération X, 30 ans
Mot-clé : scepticisme

Contexte : la génération de Geneviève a vu s’effriter les symboles de la stabilité : scandales dans les entreprises, taux de divorce croissant, restructurations, licenciements. La technologie se développe et on assiste à l’émergence de l’ordinateur personnel. Tous les mécanismes sont démontés, de la fabrication des héros jusqu’à la production d’un film.

Enfance : ses deux parents travaillent; elle fait partie de la première génération des enfants avec la clé dans le cou. En attendant maman, elle joue à des jeux vidéo ou avec l’ordinateur. Le monde n’est plus sécurisant; des enfants disparaissent et on les retrouve sur les pintes de lait au déjeuner

Caractéristiques : elle a appris à croire en elle-même plutôt qu’aux institutions et aux gens. Indépendante, pleine de ressources, se tailler une place au soleil n’a cependant pas été facile. Autonome, elle excelle à développer ce que d’autres ont créé sans avoir eu le temps d’aller plus loin.

Son patron idéal : il est compétent, franc, orienté vers les résultats. Simple, il est direct et va droit au but. Il confie un projet à Geneviève en spécifiant les échéances et la laisse ensuite travailler de façon autonome. Il est aussi à l’affût d’opportunités pour l’aider à se développer.

Le patron qui la fait fuir : il est un spécialiste du micro-management. Il parle mais n’agit pas en fonction de ses paroles. Il passe trop de temps sur les processus et pas assez sur les résultats.
 

 

Mathieu, génération Y, 25 ans
Mot-clé : réalisme

Contexte : la technologie a fait des bonds spectaculaires. La génération de Mathieu a accès à du matériel de plus en plus complexe, sophistiqué et miniaturisé. Internet permet de visiter virtuellement plusieurs pays, de discuter avec des personnes de partout et de recevoir une foule d’informations qui rendent Mathieu et les jeunes de sa génération plus réalistes et pragmatiques en ce qui concerne les défis posés par la vie moderne.

Enfance : il ne s’agit plus d’enfants dont on trouve le portrait sur les pintes de lait, mais d’enfants morts ou blessés dans une tuerie à l’école. Ses parents le consultent sur tout (vacances, choix d’un ordinateur, choix du conjoint!) et l’encouragent régulièrement.

Caractéristiques : une personne de réseau, pour qui le monde est petit. Habitué à être consulté et encouragé, il s’attend à la même chose au travail. Polyvalent, il veut tout, il recherche le changement, les défis, la stimulation.

Son patron idéal : il est formateur, positif, orienté vers les réalisations. Il connaît les objectifs personnels de Mathieu et il l’aide à équilibrer travail et vie privée.

Le patron qui le fait fuir : il est cynique et le traite comme s’il était trop jeune pour avoir des compétences et de la valeur. De plus, il se sent menacé par ses connaissances techniques.
 

 

Un leader pour tous…

Un portrait cohérent du leader peut-il se dégager de ces diverses demandes? Comment peut-on y répondre sans tomber dans l’excès et sans perdre de vue les objectifs de l’entreprise?

On pourrait regrouper sous quatre grands thèmes les comportements du leader transformationnel, qui peuvent répondre assez bien aux différentes attentes de Georges, Patricia, Geneviève et Mathieu. Leur patron idéal :

  • croit en eux : autonomie, reconnaissance de leur valeur et de leurs compétences;
  • les aide à trouver l’équilibre : flexibilité, sentiment que le manager est attentif à leurs besoins;
  • conçoit avec eux des plans de carrière qui favorisent la réalisation de leur potentiel;
  • s’adapte aux différences, en toute équité et sans sacrifier les objectifs de l’entreprise.

Dans un milieu de travail offrant tant d’opportunités, tant de changements, de défis, de diversité dans chaque aspect de l’organisation, le leader doit jouer un rôle de « ciment organisationnel », agir comme un coach, un mentor, centré à la fois sur les employés et sur les objectifs de l’entreprise.

« Le gestionnaire est un acteur clé qui doit reconnaître l’enjeu du choc des générations, créer des occasions de communication et de partage, mettre le développement des personnes en tête de liste des priorités et, finalement, être facilitateur dans le transfert des connaissances. » (Michel Audet, « La gestion de la relève et le choc des générations », Gestion, vol. 29, n° 3, automne 2004).


Pierre Duguay
, CRHA, président, Com-Inter Communications
Madeleine Fortier, consultante en qualité de vie au travail, Accent Carrière

 

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Dernière mise à jour : Mars 2007
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