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CONFLITS DE GÉNÉRATIONS OU D'ORGANISATION ?

Par Jacinthe Tremblay, collaboration spéciale, La Presse, Le lundi 26 septembre 2005

Les conflits intergénérationnels sont devenus un thème à la mode en ressources humaines. L'expression est peut-être mal choisie.

Des guerres sans merci opposant jeunes et vieux menaceraient-elles les milieux de travail ? À lire les portraits taillés à la hache des trois principales générations qui s'y côtoient, on pourrait le croire.

D'un côté, il y aurait les « vieux baby-boomers », vaillants et loyaux, qui regardent avec un certain mépris ces jeunes de la génération Y, rebelles et plus assoiffés de liberté que d'efforts, pendant que les X s'acharneraient à détrôner les premiers.

Pourtant, les choses ne se déroulent pas tout à fait de cette façon.

« Les conflits ne sont pas entre les gens des différents groupes d'âge. Les problèmes sont plutôt liés aux attentes différentes de ces groupes face aux pratiques de gestion », dit France Dupéré, présidente de l'Ordre des conseillers en ressources humaines et des conseillers en relations industriels agréés du Québec et vice-présidente, ressources humaines, de SNC Technologies.

Selon Mme Dupéré, il est important et urgent de se préoccuper de ces différences car elles ont un impact majeur sur la motivation au travail.

« Les jeunes récemment entrés sur le marché du travail veulent donner leur opinion et ils veulent qu'elle soit prise en compte. Pour les mobiliser, les gestionnaires doivent les inviter à donner leur apport », donne-t-elle en exemple.

Didier Dubois, chef de pratique pour la division organisationnelle de Dolmen Capital Humain, observe également des réactions très différentes selon les groupes d'âge lorsqu'il s'agit de mobilisation.

« Les programmes de reconnaissance mur à mur génèrent des frustrations de part et d'autre. Chez les jeunes, qui accordent une très grande place à la qualité de vie, les témoignages de reconnaissance non monétaires sont plus efficaces », dit-il.

Dans la même veine, M. Dubois croit que les stratégies de rétention basées sur les défis professionnels ont la cote chez les plus jeunes.

De son côté, la conseillère et coach en carrière Madeleine Fortier, d'Accent Carrière, a maintes fois entendu des moins de 35 ans qui cherchaient un emploi affirmer que la conciliation travail et vie privée était leur plus grande priorité.

« Pour favoriser la rétention, les entreprises devront mettre en place des mécanismes qui répondent à cette attente », dit-elle.

Générations et gestion

Yolande Pelchat, anthropologue et chercheure au Centre de santé et des services sociaux de la Vieille Capitale est elle aussi bien au fait des attributs accolés aux génération BB, X et Y. Elle considère toutefois d'un oeil critique l'analyse des milieux de travail sous la lorgnette des catégories d'âge.

« Il faut être très prudent lorsqu'on pense les rapports intergénérationnels. Il ne faut pas accorder à l'âge le pouvoir de faire toute la différence », insiste-t-elle.

En 2001, Mme Pelchat et ses collègues de l'équipe de Recherches sur les impacts psychologiques, organisationnels et sociaux du travail (RIPOST) ont mené une étude portant notamment sur les relations entre l'âge et le rapport au travail.

Les chercheurs ont mené une soixantaine d'entrevues de type semi-dirigées avec des cadres et employés de deux ministères de la fonction publique québécoise.

Première découverte: l'âge renseigne peu sur l'évaluation du travail par les personnes interrogées. « Le lien entre l'âge de l'employé et la position qu'il adopte par apport à son travail est beaucoup plus ténu qu'il était possible de l'imaginer au départ », rappelle Mme Pelchat.

Deuxième constat : les relations entre les employés d'âges différents sont davantage marquées par la collaboration que l'antagonisme. « Les entrevues nous amènent à questionner ce qui est maintenant devenu un lieu commun, soit l'existence d'un fossé intergénérationnel », ajoute-t-elle.

De plus, l'étude a permis de découvrir que les employés, peu importe leur âge, associent aux mauvaises pratiques de gestion la majorité des difficultés éprouvées au travail.

« Il s'agit d'une recherche exploratoire, menée au sein de la fonction publique il y a quatre ans. Il ne faut donc pas généraliser à tous les milieux de travail et il faut examiner en profondeur chaque situation », précise la chercheure.

Malgré cette précision, Mme Pelchat s'inquiète de la tendance à voir les milieux de travail comme des lieux de conflits générationnels ou à attribuer à certains groupes d'âge des valeurs et des attributs particuliers.

« En regardant les difficultés des milieux de travail sous l'angle de l'âge ou des générations, on risque d'occulter plein d'autres aspects qui peuvent générer des conflits comme l'origine sociale et l'organisation du travail », souligne Mme Pelchat.

 

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Dernière mise à jour : Mars 2007
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